Championnats d’Europe 2026 : Laurence Fournier-Beaudry et Guillaume Cizeron en or !

Le premier son, mi-corne de brume mi-trompette étouffée de la musique de ‘The Whale’, thème de Laurence Fournier-Beaudry and Guillaume Cizeron, est du genre à vous rester longtemps dans les oreilles. Comme une annonce, une invitation à venir partager un moment unique sur la glace. Laurence et Guillaume vous captivent, vous emportent quelque part, dans un environnement aquatique, organique, où vous respirez à leur propre rythme. C’est glissé, souple, rapide, plus torturé parfois… laissez vous guider, tout simplement. Un petit chef d’œuvre supplémentaire pour la danse sur glace. Les scores sont logiquement très hautes, 135.50 points dans le libre, les niveaux sont entre +4 et +5 sauf sur les twizzles initiaux où la majorité des juges bloque à +3. Niveau composantes, on se contente de compter les 10 : il y en a huit aujourd’hui sur les 27 possibles. Avec un total de 222.43 points, ils décrochent l’or pour leur première participation ensemble sur ces championnats, et envoient un message fort en vue des Jeux Olympiques de Milan.

Guillaume : ‘C’était incroyable, le public est génial, on ne s’attendait pas à une compétition aussi chaleureuse. C’était une journée assez longue aujourd’hui, mais c’était tout le monde pareil. Le choix de notre musique… j’ai vu le film il y a longtemps, j’ai gardé la musique dans ma playlist, mais elle n’est pas simple à utiliser, car elle monte tout doucement en puissance, je n’avais pas d’idée sur comment la transposer sur la glace. Et puis j’ai vu Stéphane [Lambiel] l’utiliser, j’en ai eu les larmes aux yeux, et je me suis dit qu’il fallait que je patine dessus un jour. Il y avait donc une possibilité de l’utiliser, on a ensuite trouvé d’autres parties à incorporer pour créer différentes scènes. Quand j’ai soumis l’idée à Laurence j’espérais qu’elle l’aime autant que moi, et ça a été le cas.’
Laurence :Au tout début de notre collaboration, on est allé en Suisse pour voir Stéphane, pour s’amuser sur la glace, explorer les possibilités, se découvrir, et découvrir en même temps cette musique. Elle est vraiment dans mon cœur, elle me rappelle ces moments. On est retournés à Montréal pendant les mondiaux, on l’a proposée à Marie-France qui l’a adoptée, on a pu donner vie à notre danse libre.’
Guillaume : ‘Comme pour la RD on a fait quelques changements dans le libre après la Finale, il n’y a pas eu beaucoup de temps pour tout digérer, mais on est content du résultat. Là on a le gala demain, on rentre lundi à Montréal, ce qui fait un jour off, on retourne à l’entraînement ensuite, mais il ne devrait pas y avoir d’autres changements. Ensuite on arrivera à Milan le 31 janvier, on laisse nos entraîneurs et kinés définir comment récupérer au mieux entre l’épreuve par équipe et nos épreuves individuelles.
Effectivement, il y a désormais plus d’écran en bord de piste, les vidéos de présentation tournent tout le temps, on peut se voir depuis la glace. Ce n’est pas vraiment gênant, c’est juste qu’avant le dernier porté chorégraphique, j’étais pile en face, et quand j’ai levé la tête, je me suis dit ‘tiens, on est là’ ‘.

Charlène Guignard et Marco Fabbri ont vécu un moment assez stressant pendant les six minutes d’échauffement : un crochet du patin de Marco a cassé, l’obligeant à rester un long moment en bord de piste, pendant qu’un membre de son équipe essayait de réparer au maximum. Il n’a pu s’élancer qu’à la toute dernière minute, ce qui peut être assez handicapant pour se mettre dans la glace. Très fait play, il a quitté la glace en précisant au juge arbitre qu’li n’avait pas trouvé la partie cassée de son crochet, et qu’il devait être quelque part sur la glace. Ce n’a pas semblé l’affecter outre mesure, leur danse libre est de toute beauté, très lyrique, sur des musiques italiennes qui vont forcément plaire à Milan. Les juges ne montent pas encore tous les niveaux (séquence sur un pied de niveau 2, circulaire de niveau 2 pour Marco, 3 pour Charlène), ils sont 2èmes du libre avec 125.86 points, pour un total de 210.34 points, encore une médaille pour eux pour leur quatorzième participation à ces championnats, quelle longévité !

Marco : ‘Le problème que j’ai eu pendant l’échauffement…en entrant sur la glace, après quelques poussées j’ai senti que quelque chose n’allait pas au niveau de mon patin droit… Un crochet s’est cassé, et ma cheville n’était plus soutenue. Le crochet s’est cassé, mais une partie est restée dans le cuir, il n’y avait donc pas de trou pour passer le lacet, et personne n’avait de tournevis pour faire un trou. On a essayé avec des ciseaux, ça n’a pas vraiment marcher… on a pu trouver une solution à la toute fin des six minutes, mais mentalement c’était compliqué. Heureusement on n’est passés premiers ou deuxièmes du groupe, j’étais encore trop tendu. Ca allait mieux ensuite, et le programme s’est bien déroulé une fois que notre musique a commencé.
Ca peut paraître bizarre, mais en tant qu’Italiens on ne sait pas quand on devra arriver au village olympique ! Vu la réponse de nos collègues, on comprend que ce sera le 31 ! Auparavant on sera à Bergame pour s’entraîner, car notre patinoire habituelle a fermé le 15 décembre. On a un peu l’impression de boucler une boucle, on arrête à la fin de la saison, Sheffield seront donc nos derniers championnats d’Europe, et c’était également à Sheffield que l’on avait pris part à cette compétition pour la première fois. On a pu repenser à ces championnats, et à tous les autres qu’il y a eu entre temps, réaliser tout le chemin parcouru, notre évolution, c’est un sentiment doux et plaisant.’

La danse libre de Lilah Fear et Lewis Gibson sur des musiques écossaises (‘The Bonnie Banks of Loch Lomond’) est dès le début de saison fait pour ce moment : patiner à la maison, à Sheffield, sur ces championnats d’Europe, devant toute une foule acquise à leur cause, qui applaudit à tout rompre après seulement vingt secondes de programme. De quoi vous booster, mais aussi vous filer un bon coup de stress, il ne faut pas décevoir, ces quelques minutes sont souvent uniques dans la carrière d’un patineur. Lilah a semblé subir cette pression en début de programme, elle est très concentrée, le visage assez fermé, les gestes sont un peu mécaniques. Elle s’emmêle même les pinceaux sur la deuxième série de twizzles ; elle ne peut réaliser la troisième série, et Lewis manque de lui faire un croche-patin. La suite de pas sur un pied me semble un peu à plat, elle récolte pourtant globalement à +3 de la part des juges. Ouf, Lilah se libère enfin sur la fin du programme, la séquence de pas chorégraphique est vraiment le moment où il faut tout lâcher. L’erreur sur les twizzles leur coûte cher, ils sont 3èmes du libre avec 124.04 points, et repartent en bronze avec 209.51 points.

Lewis : ‘On est tellement fiers d’être britanniques aujourd’hui, mais tous les autres jours aussi en fait ! Le public était incroyable, on va se souvenir très longtemps de ces moments. C’est vrai, on est connus pour avoir de nombreuses versions de nos musiques, sur ce libre il y en a eu un peu moins que d’habitude, on est à la 37ème version, pour le court c’est la 54ème. Notre record c’est 62 ! Sur ce libre on a changé le début qui commençait avec une musique trop lente, c’est maintenant plus rapide, ça plait au public et c’est tant mieux !’
Lilah : Après l’erreur sur les twizzles, je me suis dit ‘oups, ce n’est pas idéal’, je savais que ça nous coûterait cher, mais aussi qu’il fallait tout de suite se reconcentrer sur les points du prochain élément, on a assez d’expérience pour savoir rapidement passer à autre chose, sinon cela vous suit sur tout le programme. On ne voulait pas non plus que ça nous gâche notre expérience ici, il y avait tellement d’énergie à prendre, j’en avais la chair de poule, il y avait d’électricité dans l’air ! C’était comme une expérience extra-corporelle, mais il fallait être complètement dans nos corps. Sur la fin de programme on a pu patiner encore plus relâchés et tout donner.’

Evgeniia Lopareva et Geoffrey Brissaud n’ont pas pu faire aussi bien que l’année dernière, où ils étaient devenus vice-champions d’Europe. Ils terminent au pied du podium avec 204.72 points, dont 122.34 points issus de la danse libre, à un peu plus d’un point de leur score obtenu à Tallinn. Premiers à s’élancer après l’échauffement, ils ont été arrêtés par le juge arbitre qui avait enfin localisé le crochet cassé de Marco sur la glace. Plus de peur que de mal, ils ont pu reprendre sur une glace limpide, et étaler toute leur virtuosité sur leur medley de musiques de Björk. Encore beaucoup de progrès, ils sont rapides, souples, le programme passe très vite, ce qui est toujours bon signe.

Allison Reed et Saulius Ambrulevicius redescendent dans la hiérarchie européenne après le bronze obtenu il y a deux ans, ils sont 5èmes cette année avec 200.29 points. Leur modeste 7ème place du libre (117.21 points) s’explique par trop de fébrilité sur la suite de pas sur un pied, et lorsqu’ils vont prendre la pause de départ pour la suite de pas chorégraphique, où Allison manque de tomber. Dommage, avec ce nouveau programme sur la musique de Faithless il semble avoir trouver leur style.

Diana Davis et Gleb Smolkin font une belle compétition, ils conservent leur 6ème place dans leur libre (120.64 points) et au classement final (199.31 points, neuf de plus que l’année dernière). Qu’ils sont plaisant à voir quand ils sont plus en nuance, sur la ‘Sonate pour violoncelle et piano’ de Myakovksy ! J’ai été complètement convaincu par leur prestation, ils sont tout être de futurs grands.

Comme on pouvait s’y attendre, Olivia Smart et Tim Dieck font une belle remontée après leur décevante 10ème place de la RD avant-hier. Leur version revisitée de ‘Dune’ les fait remonter à la 5ème place du libre (121.27 points), pour une 7ème place sur les deux épreuves (196.44 points). Très joli programme, ils sont vraiment dans la glace aujourd’hui et enchaîne les difficultés sans rien n’y paraître.

Revenant de blessure, Juulia Turkkila et Matthias Versluis ont conservé leur tango de l’an dernier. Ce programme est un petit bijou, la Finlande a une histoire particulière avec le tango, cette danse y est très populaire. Quelques petites erreurs traduisent leur manque de préparation, je note des micro désynchronismes, qui se jouent certes à la fraction de seconde, notamment sur les mouvements de bras de la suite de pas chorégraphique. Ils prennent la 8ème place de ces championnats avec 193.83 points, dont 115.24 points sur le libre.

Loicia Demougeot et Théo Lemercier repartent 9èmes de Sheffield avec 191.62 points, dont 113.74 points récoltés sur leur danse libre inspiré du jeu ‘League of Legend’. Ils ont tout à fait leur place parmi les tout meilleurs, ils devraient monter dans la hiérarchie continentale l’année prochaine, grâce à leur progrès constants, et mathématiquement car certains couples plus haut placés ont déjà annoncés qu’ils raccrocheraient à la fin de la saison.

Natalie Taschlerova et Filip Taschler ont choisi de se relocaliser en Finlande cette saison, pour s’entraîner sous la houlette de Maurizio Margaglio et de Neil Brown. Leur programme sur Matrix met en avant leur puissance et leurs carres, avec toujours des éléments novateurs, comme le passage en arabesque où Filip-Neo passe sous la jambe de sa sœur. Ils égalisent leur résultat de l’année dernière avec la 10ème place finale (189.47 points, 112.14 points sur le libre).