Retour sur les JO… et avant-goût des Mondiaux

Alors que les championnats du monde sont sur le point de commencer à l’O2 arena de Prague, revenons sur ce qu’il s’est passé lors des Jeux Olympiques de Milan-Cortina.

La compétition par équipe a été remportée ‘comme prévu’ par les Etats-Unis, devant le Japon… il s’en est fallu d’un petit point ! Rappelons que 10 nations étaient qualifiées pour patiner les programmes court, et que seules les 5 premières étaient qualifiées pour les libres.

Les Etats-Unis ont assuré l’or grâce à la victoire d’Ilia Malinin chez les messieurs et celle de Madison Chock et Evan Bates en danse. Ellie Kam et Danny O’Shea ont fait bonne figure avec notamment la 4ème place du libre, alors qu’Amber Glenn, qui a remplacé Alysa Liu après le programme court, s’est fait devancer par une surprenante Anastasiia Gubanova sur le libre.

Le Japon conforte lui sa deuxième place avec les dames (victoire de Kaori Sakamoto) et en couple (victoire de Riku Miura et Ryuichi Kihara). La danse est le point faible : Utana Yoshida et Masava Morita, même en terminant derniers sur les cinq couples de danseurs engagés dans le libre, rapportent de précieux points à leur équipe. Shun Sato, qui a remplacé Yuma Kagiyama pour le libre, termine derrière Ilia qui était de toute façon intouchable.

La Géorgie a pu croire en ses chances pour le bronze, mais l’Italie a aligné une équipe plus homogène : Sara Conti et Niccolo Macci troisièmes du libre, Charlène Guignard et Marco Fabbri deuxième en danse, Lari Naki Gutmann quatrième chez les dames, et Matteo Rizzo qui a sorti un gros programme libre pour prendre la troisième place, après que Daniel Grassl ait quelque peu déçu dans le programme court.

La Géorgie termine 4ème, notamment grâce à Anastasiia Metelkina et Luka Berulava, deuxièmes chez les couples, et donc également la belle performance d’Anastasiia Gubanova chez les dames.

Côte français, il aurait fallu un sacré alignement des planètes vu la concurrence et les règles de qualification pour que l’équipe passe les programmes courts. Laurence Fournier-Baudry et Guillaume Cizeon ont certes terminé deuxièmes de la rhythm dance, Kevin Aymoz a su laisser de côté ses appréhensions en réalisant un très bon programme court (4ème place). Lorine Schild a terminé 7ème, ainsi que Camille et Pavel Kovalev.

Compétition danse

Laurence Fournier-Beaudry et Guillaume Cizeron sont champions olympiques !

Alors qu’ils avaient été battus par leurs concurrents directs (et néanmoins partenaires d’entraînements) Madison Chock et Evan Bates à la Finale du Grand Prix et quelques jours avant lors de la compétition par équipe, nos français ont pris les devants dès la rhythm dance. C’était de bon augure pour la danse libre ! Ayant pu assister à la compétition depuis Milan, j’avoue avoir été un peu trop stressé pour apprécier en plein leur performance, qui m’avait déjà plus envouté (notamment lors du Grand Prix d’Angers ou lors des championnats d’Europe). Ils ont certes commis quelques approximations, relevées par les juges, mais mon impression est que leur niveau étant de base plus élevé que celui de leurs concurrents, cela n’a pas porté à conséquence.
Comme annoncé depuis plusieurs mois, et confirmé récemment, Ils seront bien présents sur ces championnats du monde pour ‘contrer le blues post-olympique’. Ce seront les seuls champions olympiques à tenter le doublé, mais Ils n’ont par contre rien décidé pour la suite.

Déjà auréolés de la médaille d’or par équipe, Madison Chock et Evan Bates, triples champions du monde en titre, avaient logiquement en ligne de mire la victoire en ‘individuel’. Leur deuxième place de la rhythm dance a été comme un électrochoc… et ils n’ont pu remonter leur retard sur le libre. Depuis la patinoire, j’ai trouvé leur flamenco plein de charisme et de trouvailles, mais ils m’ont donné l’impression de patiner ‘petit’ et avec un manque évident de vitesse. Ils ont annoncé leur forfait pour les mondiaux, et il semble probable qu’ils raccrochent leurs patins, même si aucune annonce n’a été faite.

A l’inverse, Piper Gilles et Paul Poirier, qui seront bien à Prague, ont sorti un programme exceptionnel à Milan, le jour où il le fallait. Pas forcément le plus dur techniquement, mais quelle projection vers le public, quelle joie de patiner ! De l’avis de beaucoup, le meilleur programme de la soirée, les voir en argent ne m’aurait pas choqué. Possible également que Prague soit leur dernière sortie.

La soirée milanaise a été également marquée par les bons programmes de Charlène Guignard et Marco Fabbri, au pied du podium devant leur public, mais déjà en bronze par équipe ; il semble qu’ils ne pouvaient pas viser plus haut. Ils font l’impasse sur ces championnats du monde… pour mieux se préparer pour l’année prochaine !

Lilah Fear et Lewis Gibson, 4èmes après la rhythm dance, ont une nouvelle fois raté le coche : alors que je pensais que Lilah ne referait pas la même erreur qu’à Sheffield, elle part de nouveau à la faute sur les twizzles dans le libre ; ils dégringolent au classement alors que le bronze leur semblait promis en début de saison. Ils auront à cœur de remonter sur le podium à Prague. Mais attention au couple phare du moment ! Emilea Zingas et Vadym Kolesnik sont LE couple qui monte cette année, ils terminent 5èmes à Milan et pourraient se rapprocher du podium mondial dès cette année.

Belles performances également pour Allison Reed et Saulius Ambrulevicius, de Juulia Turkkila et Matthias Versluis, d’Olivia Smart et Tim Dieck, ainsi que du deuxième couple français engagé Evgeniia Lopareva et Geoffrey Brissaud. Très belle compétition que ce libre danse !
Malgré une saison bien remplie tous ces couples sont en lice pour se positionner dans la nouvelle hiérarchie mondiale, qui va se dessiner dès cette semaine.

La compétition masculine a été une compétition… tout à fait olympique en fait de compte, avec cette règle plus que vérifiée à Milan : les Jeux sont une compétition à part, et seule compte la prestation du jour !
Le programme court messieurs avait vu le trio de tête Ilia Malinin / Yuma Kagiyama / Adam Siao Him Fa se détacher assez nettement, avec des programmes époustouflants de virtuosité et de technique.
Le libre a été d’un tout autre calibre… Les premiers groupes ont vu de très belles réalisations, notamment celle de Kevin Aymoz, qui réalise une compétition très honnête (11ème). Mention spéciale également pour Stephen Gogolev : ce n’est pas forcément le patineur qui me fait le plus vibrer, mais quelle réussite, aucune erreur sur ces quatre programmes olympiques (il est 2ème du libre !).

Junhwan Cha m’a particulièrement touché. Il été assez exceptionnel dans l’interprétation, malheureusement quelques erreurs le laissent au pied du podium pour moins d’un point, il a été brillant tant sur le court que sur le long. Il ne sera pas sur ces championnats.

Je l’avoue, Mikhail Shaidorov m’avait fait sourire : une musique quasi criarde par moment, qui monte dans les aigus, une coupe de cheveux qui lui donne une allure de soucoupe volante dans les sauts… mais quel programme ! Aucune faute, il prend la tête de compétition.

Enfin, arrive les quatre derniers patineurs… on devrait atteindre des sommets, mais c’est une catastrophe. Des erreurs, des chutes, des programmes à oublier, que de contre-performances !
Daniel Grassl ? Il perd quatre places. Adam Siao Him Fa ? Il en perd quatre également, il ne parait pas du tout dans la glace.

Yuma Kagiyama? Il tente le quadruple flip, ce qui certes est courageux, mais qui de toute façon n’aurait pas suffit à prendre l’avantage sur un Ilia aux multiples quadruples. Le reste de son programme est très moyen, il est sauvé par des composantes plutôt généreuses, il n’est que 6ème du libre.

Apparait enfin Ilia Malinin… A la stupéfaction de tout le public, il passe également complètement à côté de son programme, et me laisse avec un sourire désabusé, plein d’incompréhension, en mode ‘que se passe-t-il, que vient-on de vivre ?’ L’annonce des notes est sans appel : Ilia est 15ème du libre, il termine 8ème, alors qu’il avait gagné toutes ses dernières compétitions.

Mikhail Shaidorov, qui doit rester assis dans le fauteuil de leader à côté du Kiss en Cry, n’en revient pas : il accroche le podium, puis est médaille d’argent, et il comprend enfin qu’il est champion olympique. Yuma Kagiyama repart finalement en argent, devant Shun Sato qui remonte de sa 9ème place du court. Quelle soirée… inoubliable !

La compétition couples est elle assez logique au vu des palmarès :  Riku Miura et Ryuichi Kihara empochent le titre qu’il leur manquait, en remportant le libre après leur décevant 5ème place du court. Préférant soigner une blessure, ils ne se présenteront pas à Prague.

Ils devancent Anastasiia Metelkina et Luka Berulava, très contents de leur médaille d’argent, et Minerva-Fabienne Hase et Nikita Volodin, soulagés d’avoir accroché la médaille de bronze après un libre plutôt moyen (4ème).

Wenjing Sui et Cong Han, les champions en titre, déjà en difficulté lors de l’épreuve par équipe, n’ont pu faire mieux que 5èmes. Ils sont d’ailleurs forfaits pour les mondiaux, comme les Italiens Conti/Maci, les Canadiens Stellato-Dudek/Deschamps et les Américains Kam/O’Shea. Les Français Camille et Pavel Kovalev, sont eux 16èmes.

Dernière épreuve olympique, la compétition dames a été quelque peu cruelle…

Kaori Sakamoto, deuxième du court derrière sa compatriote Ami Nakai auteure d’un splendide triple Axel, avait l’or olympique à bout de bras, il ‘suffisait’ de faire un programme propre, comme elle sait si bien les faire.
Mais Kaori, qui a annoncé sa retraite à la fin de la saison, ne sera jamais championne olympique, elle repart de ces Jeux avec deux médailles d’argent. Et ce à cause d’une simple approximation : son deuxième triple flip est atterri sans suffisamment de stabilité pour qu’elle puisse enchaîner la combinaison. Le saut compte, mais en tant que répétition : elle perd 30% des points du flip, et bien sûr les points du boucle piqué qu’elle ne place pas derrière. C’est cruel, mais c’est le sport… Elle sera à Praque pour repartir avec les honneurs, et possiblement un nouveau titre.

L’or revient à Alysa Liu, qui a réalisé le programme parfait, tout en décontraction et en pleine sérénité. Elle est la seule patineuse à repartir de ces Jeux avec deux médailles d’or, mais elle ne viendra pas défendre son titre cette semaine.

Ami Nakai reste sur le podium, surtout grâce à son avance sur le court, car elle n’est que 9ème du libre ; elle devance sa compatriote Mone Chiba.

Amber Glenn peut s’en vouloir : elle perd de nombreux points sur le court en ne déclenchant pas le triple boucle, alors que le plus dur était fait (triple Axel, combinaison triple flip-triple boucle piqué). D’autant qu’elle est troisième du libre, avec de nouveau le triple Axel. Comme quasi toutes ses concurrentes directes (outre Alysa Liu, seule Loena Hendricks est forfait), elle est bien présente à Prague et jouera la médaille. Lorine Schild termine 22ème.