

Kaori Sakamoto est vraiment la reine ce soir. Beaucoup de pression sur ses épaules, dès son entrée sur piste tout le public est derrière elle. Tout le monde sait que c’est sa dernière compétition, c’est un peu bizarre de se dire ‘ce sont ces dernières six minutes’, ‘elle pose ses lames sur la glace pour la dernière fois en compétition’. Beaucoup d’expérience également depuis toutes ces années au plus haut niveau. Kaori a complètement assuré ce soir, avec un quatrième titre de championne du monde, après des Jeux en demi-teinte, où l’argent avait un gout amer. Quel moment historique ce soir ! Pour elle, pour le public, pour ses proches. Aucune hésitation sur ‘La vie en rose’, ‘l’hymne à l’amour’, ‘Non, je ne regrette de rien’ chantés par Patricia Kaas, elle déroule son programme de manière impériale avec une totale sérénité. On sert toujours un peu les dents sur ses prises d’élan, parfois un peu penchées en l’air, mais c’est sa technique, elle sait ce qu’elle fait !
Elle déroule un programme parfait, elle aurait même pu simplifier la dernière combinaison double Axel-triple boucle piqué-double boucle piqué, mais elle donne tout. C’est elle, c’est Kaori, c’est pour ça qu’on l’aime ! Moment historique dans cette patinoire pleine à craquer, tout le monde se lève avant la fin du programme, et applaudit à tout rompre, pendant son salut, quand la patinoire se couvre de peluches, pendant les ralentis, pendant l’annonce des notes… C’est clair, le titre est pour elle, mais elle veut attendre le verdict des juges. Elle gagne le libre avec 158.97 points, et le titre avec quasiment dix points d’avance (238.28 points). Elle bondit du Kiss ‘n Cry pour en faire le tour en sautant, tout le monde est debout, tout le monde pleure, y compris Mone Chiba qui attendait jusque-là dans le fauteuil du leader. Sa joie est communicative, comme l’énergie qu’elle a toujours su nous transmettre dans ses programmes. Quelle championne, quelle soirée ! Quelle chance d’avoir vécu ça en direct, merci Kaori, tu vas beaucoup nous manquer !

Mone Chiba arrive à Prague avec le quatrième meilleur libre des JO. Deuxième du programme court, elle sait que la médaille, voire le titre ( ?), est tout à fait à portée. Pas de bruit, son patinage est léger, tout en douceur, avec de belles carres, sur la bande originale de ‘Roméo et Juliette’. Hormis sa combinaison de trois sauts, tous ses éléments reçoivent des notes positives des juges, qui sont unanimes sur sa séquence chorégraphique, à +4, et sa pirouette finale de niveau 4 à +5 pour tout le monde. Elle est deuxième du libre avec 150.02 points, et repart de Prague avec une belle médaille d’argent (228.47 points). Il faudra compter sur elle pour la prochaine olympiade !

Il faut du cran pour patiner sur la musique ‘Un rève’ de Eric Christian… Nina Pinzaronne déploie tout son charisme pour patiner sur ses quelques notes de piano, dans un silence religieux, on entend à peine ses lames sur la glace, et ce devant une salle comble ! Chorégraphie pleine de subtilité, tout en restant sobre, à l’image de sa tunique, sans aucun brillant. Quelle classe ! Les juges ne lui sanctionnent aucun saut ce soir, c’est mérité. Elle améliore son meilleur score de la saison avec 143.38 points, et se voit remettre sa première médaille mondiale, le bronze (215.20 points).

Programme correct pour Isabeau Levito, à l’image de ses qualités, certes grandes. Toujours une belle glisse, une jolie extension de la jambe libre sur ses réceptions, et une sensibilité qu’elle réussit à projeter vers le public. Elle retente la combinaison triple Lutz-triple boucle, qui passait bien aux six minutes, mais le boucle manque de rotation. Toutefois, j’aimerai la voir patiner avec un peu plus de vitesse, et sur un registre un peu différent, elle évoluait sur les notes de ‘Cinema Paradiso’ ce soir. Isabeau conserve sa quatrième place du programme court (206.99 points), même si elle n’est que 7ème du libre (134.83 points).

Le thème du libre de Lara Naki Gutman, ‘Les dents de la mer’ Jaws, sort de l’ordinaire. Quelques réceptions sont chahutées (le dernier triple Lutz est incomplet, ainsi que le double Axel qui suit le triple boucle piqué) mais moins qu’à l’ordinaire, ce qui lui permet de remonter de 2 places, elle termine 5ème avec 205.12 points, dont 135.79 points dans le libre. Elle ne sera donc pas toute seule l’année prochaine sur cette compétition, l’Italie aura deux quotas.

Dommage, Amber Glenn avait toutes les cartes en main pour jouer le podium, voire la victoire, avec un triple Axel complètement maîtrisé qu’elle inclut dans les premières secondes de son programme libre sur ‘I will find you’ d’Audiomachine, et ’The return’ de The Clan. La combinaison triple flip-triple boucle piqué est assurée, mais elle montre quelques hésitations sur le triple Salchow, avec une jambe libre un peu basse. Le triple boucle, qu’elle avait pourtant expliqué avoir travaillé dans toutes les situations possibles, n’est pas déclenché, de même que le double boucle piqué de la combinaison qui suit. Le public l’encourage pour la fin du programme, mais l’occasion est ratée, elle se tient la tête avec les mains après sa pause de fin, elle sait que ce sera compliqué… Effectivement, avec la 9ème place du libre avec 130.47 points, elle termine 6ème avec 203.12 points.

Niina Petrokina n’est pas double championne d’Europe en titre pour rien, elle réalise une nouvelle fois un très bon programme sur ‘Dune’. Hormis le premier triple Lutz retourné, tous ses autres sauts sont atterris à la perfection, elle possède une technique particulièrement précise. Elle termine 6ème du libre avec 134.98 points, et prend la 7ème place avec 202.27 points. A noter qu’elle travaille le quadruple boucle piqué aux entraînements…
Jia Shin remonte au classement : oubliée sa modeste 13ème place du court, elle est 4ème du libre (136.65 points) et termine 8ème (201.89 points). Hormis le flip non déclenché, son libre sur le ‘Liebestraum’ de Liszt est maîtrisé, avec une exploitation intelligente du système de notation : après avoir placé triple Lutz-triple boucle piqué en début de programme, les deux autres combinaisons sont en partie bonifiée.

Ami Nakai a déjà réalisé une très bonne saison, avec la victoire au Grand Prix d’Angers, la deuxième place à la Finale du Grand Prix, et la médaille de bronze aux Jeux. Elle ne réitère pas l’exploit de Milan pour ses premiers championnats du monde : le triple Axel est absent aujourd’hui, et certains sauts ne sont pas déclenchés, sur ‘What a wonderful world’. Ami aura malgré tout marqué la saison, n’oubliez pas son nom pour le prochain cycle olympique ! Elle termine 9ème avec 200.00 points tout ronds, donc 130.90 points dans le libre.

Anastasiia Gubanova a quasiment réitéré l’exploit de Milan où elle avait sorti un programme parfait. Le début est du même acabit, sur la bande originale de ‘Ghost’, il y a malheureusement une approximation sur le dernier flip en fin de programme, incomplet, elle peut toutefois replacer la combinaison sur le double Axel qui suit. Ses sauts semblaient de plus en plus justes au fur et à mesure que le programme avançait, elle écope de deux autres dégradations, mais elle a tenu la distance ! Elle est 10ème du libre (128.89 points) et au final (198.81 points).

A noter, sa tunique est en lice pour le plus beau costume de l’année, les deux visages qui se font face dans son dos sont particulièrement réussis, verdict dimanche soir !

Lorine Schild a bien débuté son programme sur ‘Not alone anymore’: les réceptions un peu raides observes lors des Jeux sont oubliées, Lorine retrouve ses carres dehors arrière bien glissées sur triple Lutz-triple boucle piqué, triple flip et triple Lutz. La fatigue semble la gagner sur ‘No more fight left in me’ aux paroles prémonitoires, elle retourne le triple boucle, le retente ensuite en combinaison, mais elle manque encore de tonus à la réception, le triple Salchow est incomplet et également assis, sans assez d’impulsion. Le public l’encourage sur la suite de pas finale, ça doit forcément aider vu que la patinoire est comble ! Elle emporte 106.09 points et termine avec 165.23 points (18ème place).