Masters 2025, J3 : Laurence Fournier-Beaudry et Guillaume Cizeron survolent les Masters, dans un autre monde

Laurence Fournier-Beaudry et Guillaume Cizeron étaient logiquement très attendus sur la danse libre, alors qu’ils avaient déjà creusé un écart important après la rhythm dance. Les entraînements avaient permis de voir quelques petits bouts de cette danse libre, qui s’annonçait très prometteuse.
La voir finalement entièrement, en compétition, avec les costumes… C’est un ovni !
Dès leur montée sur glace, ils sont à part : les costumes, de couleur bleu-vert, sont sobres, sans paillettes. Un juge semble toujours trouver qu’il y a trop de transparence et propose une déduction, mais passons. Pas d’esbrouffe, pas de clinquant. Et une fois que s’égrènent les premières notes de musique… c’est simple, Laurence et Guillaume vous emmènent dans leur monde, très, très loin de la patinoire. Portés par la musique extraite du film ‘The whale’, Laurence et Guillaume sont complètement habités par leur interprétation ; tout est souple, délié, doux, puis vient le crescendo qui les amène sur la séquence barrière-barrière en face des juges. Laurence dira plus tard qu’ils arrivent à danser en oubliant les pas, j’aurai envie de dire qu’ils arrivent à danser en oubliant la glace ! Ils dansent, tout simplement.
Guillaume avait déjà présenté un programme dans cette veine avec Gabriella, mais ils avaient utilisé une musique plus rapide sur la fin de programme, comme s’ils n’avaient pas osé complètement. Là tout semble s’écouler de la façon la plus naturelle. Le programme passe à une vitesse folle, c’est magique.
Arriver à exprimer cette osmose, cette intimité, est assez exceptionnel, ils ne patinent que depuis quelques mois ensemble ! Que va donner ce programme avec encore plus de vécu… à suivre sur les prochaines compétitions, dont les Grand Prix de France et de Finlande.
Côté protocole, il y a certes un biais national possible, mais les notes sont excellentes, avec par exemple un +5 de tous les juges sur le porté circulaire, qui certes n’est que de niveau 3 pour Guillaume. L’élément le plus flagrant est la séquence de pas chorégraphique qui ne récolte qu’un modeste ‘0’ du dernier juge, alors que le porté chorégraphique qui clôt le programme est à +4 / +5. Au niveau des composantes, c’est simple, les juges n’ont appuyé alternativement que sur 9.50 et 9.75. Total de 130.53 points sur le libre et de 219.07 points sur les deux épreuves… je ne peux m’empêcher de comparer, cela les aurait mis tout juste derrière Chock/Bates aux derniers mondiaux.

Guillaume : ‘On est très contents de notre performance, c’est une belle entrée en matière pour ce début de saison.’
Laurence : ‘C’est notre première compétition ensemble, elle arrive très tôt pour tout le monde, c’est un premier pas qu’on franchit dans la saison, on est vraiment satisfaits. La musique a été suggérée par Guillaume, il m’en a parlé alors qu’on ne patinait ensemble que depuis trois jours ! Quand je l’ai écoutée j’ai eu la chair de poule, je me suis mise à pleurer… c’était un très bon signe !’
Guillaume :Je l’avais depuis un moment dans ma playlist, j’ai senti que c’était le bon timing pour l’utiliser. La musique est issue du film ‘The whale’, il y a plusieurs atmosphères, on a accroché tout de suite. C’est inspiré du thème de l’eau, sous différentes émotions, la force, la puissance, le calme. On a tous les deux des signes d’eau, on est très émotifs ! On a construit le montage musical ensemble, on n’a pas eu ensuite à vraiment convaincre les coachs, ils étaient d’accord. Il y plusieurs passages, dont ‘Safe return’, qui est comme une lente gestation vers un climax. Avec les autres parties de l’album on a trouvé comment incorporer les éléments techniques au mieux.
Laurence : ‘Avoir les cheveux détachés… C’est vrai ce n’est pas tout le temps agréable de les avoir dans le visage, on s’entraîne de cette façon donc je m’habitue. Mais ça place un peu mieux l’atmosphère et le caractère du programme, ça correspond bien à notre envie de marquer le mouvement’.
Guillaume : Est-ce qu’avoir été entraîneur ces derniers temps apporte quelque chose de plus ? Disons que je me sentais toujours étudiant dans ce rôle, mais ça peut aider dans la relation avec nos entraîneurs d’avoir été de l’autre côté de la barrière. C’est tout aussi stressant ! Mais on a une relation très spéciale avec nos coachs, ils nous connaissent super bien, et c’est toujours un grand support d’avoir cet œil extérieur, tout va beaucoup plus vite.’
Laurence : ‘Pour la suite… on va sur nos deux Grand Prix, on va aussi faire la compétition d’Oberstdorf. Mon dossier de naturalisation suit son cours’.

Evgeniia Lopareva et Geoffrey Brissaud ont choisi l’univers très particulier de Bjork cette année, avec ‘All is full of love’ et ‘Bachelorette’. Les costumes mettent complètement en avant Evgeniia, qui brille de mille feux, alors que Geoffrey arbore un pantalon noir et un haut bleu foncé très sobres, avec toutefois des avant-bras pailletés qui rappellent intelligemment la tenue d’Evgeniia. J’ai bien aimé leur proposition, à revoir de face pour en profiter encore plus pleinement. Leur plus grosse approximation est sur les twizzles, de niveau 2 seulement, notés entre -1 et 1 par les juges. Attention, ils ne sont que troisièmes du libre avec 113.38 points, mais ils repartent en argent avec 193.68 points (un point de moins que leur score des derniers mondiaux, et sept de moins qu’aux Masters 2024).

Evgeniia et Geoffrey : ‘Aujourd’hui ça a été un peu dur, on a bien attaqué notre programme, on était bien ensemble, mais c’était un peu moins bien que d’habitude, il y a eu quelques petites erreurs, on était un peu moins stables sur nos appuis. Mais c’est une bonne expérience pour les prochaines compétitions.
L’idée d’utiliser les musiques de Bjork vient de Romain. On a pris tout de suite ! On ne connaissait pas vraiment, c’est très conceptuel et ça nous va bien. On voulait utiliser ‘Bachelorette’ plus tôt dans le programme comme musique principale, mais finalement on a trouvé les autres musiques et on l’a gardée pour la fin’.

Loïcia Demougeot et Théo Lemercier patinent cette année sur les musiques de ‘Arkane / League of Legend’, dont ‘The curse of the sad mummy’. Les costumes sont dignes du jeu vidéo dont est inspirée la bande son, noirs avec des motifs dorées et bleu électrique, épaulettes pour Théo et cheveux bleus pour Loïcia. Assez osé de présenter les twizzles loin dans le programme, mais c’est un pari gagné aujourd’hui. Ils récoltent leurs meilleures notes d’exécution sur le premier élément, le porté rotatif, et sur les deux derniers, le porté et la séquence de pas chorégraphiques. Ils ont deuxièmes du libre pour quelques centièmes avec 113.44 points, et troisième au général 190.35 points (soit +11 par rapport à l’an passé).

Loïcia et Théo :
Loïcia :On est plutôt satisfaits, cette compétition arrive très tôt, c’est un peu dur d’avoir les deux programmes dans les jambes, mais on a patiné propre et c’est cool d’être prêts aussi vite. On est contents de nos deux programmes, c’est beaucoup de travail dans un timing raccourci, on est satisfaits de ce qu’on a présenté.’
Théo : ‘L’idée des musiques vient de Karine, c’est tiré du jeu video ‘League of Legend’ dont ils ont fait une série. C’était incroyable quand j’ai vu ça car je suis un grand joueur depuis 10 ans, pour moi c’était ok tout de suite ! J’ai envoyé un texto à Loïcia pour lui dire ‘ne panique pas’ !’.
Loïcia : ‘On a rajouté une musique que Théo avait proposé quand on était junior, et qu’on n’avait pas retenue alors. Et oui j’ai teint mes cheveux en bleu, pour être complètement dans le thème !’
Théo :Pour la suite, on va faire deux compétitions avant nos Grand Prix, donc celle de Bratislava’.

Natacha Lagouge et Arnaud Caffa confortent leur 4ème place avec 105.09 points dans le libre et 177.50 points sur la compétition, soit huit points de plus que l’an passé. Très jolis costumes, Natacha arbore une jupe avec des faisceaux colorés, qui semblent avoir déteint telle une peinture sur le haut blanc d’Arnaud, sur lequel on distingue des touches de couleur. Ils peuvent encore grapiller des points sur la séquence de pas sur un pied, sur la circulaire, ainsi que sur la pirouette que j’ai trouvée un peu lente. J’ai par contre apprécié leur couverture de glace.

Marie Dupayage et Thomas Nabais patinent leur danse libre sur ‘Dernière danse’ d’Indila. Ils semblent être quelque peu en perte de vitesse cette année, ils ne sont que 5èmes du libre (100.07 points) et au final (166.41 points), à près de 20 points de leur performance de l’année passée où ils avaient terminé second. Ils perdent un point pour élément trop long, sur l’enchaînement des portés statique et rotatifs en début de programme, de niveau 4. J’ai un doute sur la couleur des costumes, en variation de blanc, qui ne ressort pas énormément sur glace. Marie et Thomas ont toujours de grandes qualités, leurs programmes devraient évoluer rapidement dans le bon sens.

De belles trouvailles dans la danse libre de Célina Fradji et Jean-Hans Fourneaux, comme le passage où Célina réalise une pirouette, terminée jambe tendue, que Jean-Hans récupère pour emmener sa partenaire dans la difficulté suivante. Ils terminent 6èmes avec 157.02 points, dont 93.97 points récoltés dans le libre.

La première partie de la danse libre de Louise Bordet et Martin Chardain sur du Beethoven est sublime ! Ils commencent avec une superbe pirouette, de niveau 4 et notée à +2 / +3 par les juges, la deuxième meilleure pirouette de la journée derrière celle de Laurence et Guillaume. Il faut ensuite oser enchaîner sur ‘I want to be your slave’ de Måneskin, ils le font ! Ils empochent 89.87 points sur ce libre et terminent 7èmes avec 144.02 points.