Euros 2025 : Lukas Britschgi est le nouveau champion d’Europe, Adam Siao Him Fa repart en bronze derrière Nikolaj Memola

Lukas Britschgi a tout simplement fait son meilleur programme de la saison, sur ‘Lux’, ‘Deeply’ et ‘Aero’ de Ryan Taubert. Dès le premier saut, le quadruple boucle piqué en combinaison avec double boucle piqué, on sent que Lukas est dans la glace. La suite ne dément pas cette première impression, avec de nouveau le quadruple boucle piqué, les deux triples Axels encadrant le triple boucle, et la combinaison triple-triple (Lutz-boucle piqué) en deuxième partie de programme. Seul le dernier saut, le triple flip, est retourné. Les pirouettes sont de niveau 3 et 4, la suite de pas de niveau 4, Lukas a vraiment mérité sa première place du libre (184.19 points, son record de la saison), avec le titre à la clef… qu’il a fallu attendre assez longtemps, car il restait encore sept patineurs après lui. Il a donc dû patienter une bonne demi-heure et voir que programme libre après programme libre, il restait en tête !  

Lukas :
‘Je n’aurais jamais pensé être champion d’Europe, même pas en rêve ! D’autres patineurs ont le potentiel pour être meilleurs que moi, ce titre sort de nulle part ! Mentalement c’était peut-être plus simple pour moi, j’étais assez calme, après ma 8ème place du court je n’avais plus rien à perdre, j’ai attaqué tous les éléments.
Je ne savais pas que Stéphane Lambiel n’avait jamais été champion d’Europe, alors qu’il a été champion du monde. Devenir le premier champion suisse depuis 1947 est un honneur pour moi.
C’était un peu bizarre d’attendre dans la ‘green zone’ après mon passage ; j’étais partagé car il y avait encore 7 patineurs à passer, certains sont de vrais amis, j’espérais pour eux qu’ils patinent bien. Puis à chaque fois je restais en tête, j’avais du mal à y croire, c’est un grand accomplissement pour moi.
Il n’y a pas forcément un patineur qui m’inspire, je regarde tous les patineurs messieurs. Pour la suite il y a le gala demain, puis les shows ‘Art on Ice’ pendant deux semaines. Ensuite il faudra reprendre la préparation pour les mondiaux, qui seront très importants puisqu’ils décideront les places pour les JO’.

Nikolaj Memola remonte de la 5ème place du court pour remporter l’argent (262.61 points), avec le deuxième meilleur libre (117.69 points, record de la saison) sur ‘Modigliani’ de Guy Farlane. Très belle entame de programme avec quadruple Lutz-triple boucle piqué, triple Axel, de nouveau le quadruple Lutz et le triple boucle. Une petite pirouette, et c’est déjà la moitié du programme, avec la bonification de 10% pour les sauts, que Nikolaj réussit également : triple Axel-euler-triple Salchow, triple Lutz-double Axel et triple flip (incomplet). Cette répartition semble lui convenir, mais elle laisse pour la toute fin de programme deux pirouettes, la séquence de pas et la séquence chorégraphique, qui pourraient être mieux réparties, et plus difficiles (niveaux entre 1 et 3). Un programme à revoir, car en live je n’ai pas eu l’impression qu’il y avait beaucoup de transitions. Nikolaj peut néanmoins être fier de son résultat, il est le premier patineur italien et mérite selon moi d’être envoyé aux championnats du monde, où l’Italie a deux quotas.

Nikolaj :
‘Honnêtement, la médaille était un objectif en venant ici. Après le programme court je n’étais plus trop sûr, le panel technique a été assez sévère sur l’évaluation de mes éléments. Je me suis efforcé de patiner au mieux, de répéter ce que je fais aux entraînements et finalement je fais mon meilleur score. Mon contenu technique est plus dense que d’habitude car je mets deux quadruples. J’aime bien tenter de nouvelles choses, par la suite je pense essayer de mettre deux quadruples différents, y compris dans le programme court. Je les travaille tous à l’entraînement, le boucle passe bien, l’impulsion ressemble à celle du Lutz. Mais ce serait plutôt le boucle piqué que je rajouterai, je n’aime pas du tout ce saut, mais c’est celui où j’ai le plus de réussite.
De mon côté je regarde les compétitions féminines, ça m’inspire beaucoup, c’est marrant à suivre. Je regardais l’autre jour une compétition complètement inconnue en Russie, ça m’aide à me motiver. Si elles arrivent à passer de grosses difficultés, je dois pouvoir en faire autant !
Pour la suite je vais travailler surtout mes pirouettes, puisqu’apparemment je ne sais pas les faire, je n’ai pas obtenu mieux que des niveaux 3 ici… Pour les mondiaux à Boston, ce serait bien qu’on en reparte avec trois quotas olympiques. Je ne sais pas si j’en serai, il faudra envoyer les patineurs les plus réguliers. Je ferai sûrement une compétition avant, comme la Merano Cup, à confirmer.
Le process de sélection olympique est assez particulier en Italie : il n’est pas basé sur les championnats nationaux ou sur la meilleure compétition de l’année, mais sur tout le début de saison. Il faudra être prêt très tôt, du début de saison jusqu’en décembre pour le championnat national, et ensuite on verra.

Adam Siao Him Fa était très attendu à l’applaudimètre, le public estonien est connaisseur ! L’entrée de programme sur ‘Dune’ n’annonce rien de bon, Adam chute d’emblée sur le quadruple boucle piqué… Il se reprend rapidement sur le quadruple Salchow et le triple flip, mais on sent qu’il n’est pas vraiment dans son programme. Le premier triple Axel est retourné, le second, enchaîné avec double Axel, est assez raide. Le deuxième quadruple boucle piqué n’est pas chuté, mais ce n’est pas loin. La combinaison triple Lutz-euler triple Salchow est elle réussie, ainsi que les dernières pirouettes et la suite de pas dans laquelle Adam réalise son salto arrière, pour le plus grand plaisir du public. Un programme en demi-teinte donc, pas forcément illogique en retour de blessure, avec une préparation tronquée. Adam totalise 184.87 points sur le libre, et 257.99 points au total, pour le bronze. Ce classement final reflète bien la compétition, grâce au nouveau système de notation : sous l’ancien système et le poids prépondérant des places du court et du libre (plutôt que des points), Adam aurait été premier, devant Nikolaj et Lukas.

Adam :
‘Je n’ai pas pu patiner à mon meilleur niveau aujourd’hui, mais je dois me rappeler d’où je viens. J’ai été blessé, et je ne suis de retour sur glace que depuis quatre semaines, ce n’est pas beaucoup. La blessure n’est pas une excuse, mais il faut que je me réhabitue au process de la compétition, aux entraînements, aux 6 minutes d’échauffement, à l’attente dans les vestiaires avant de patiner… Il me faut juste plus de compétitions. Ces championnats ne sont que ma quatrième compétition, j’ai l’impression que je commence ma saison. Je pense en refaire une avant les mondiaux, après la tournée ‘Art on Ice’, pour me préparer au mieux.
Pendant le traitement de ma blessure, quand je ne pouvais pas patiner, j’ai fait pas mal de travail hors glace, je me suis entraîné physiquement, j’ai fait de la préparation mentale, … j’ai continué à travailler, mais différemment, ça m’a permis de m’améliorer une fois de retour sur glace. Sinon je n’ai rien fait d’extraordinaire, j’ai promené mon chien, travaillé pour l’école, joué de la guitare et aux jeux vidéo. J’ai aussi regardé les compétitions de patinage, c’était assez bizarre d’être dans son canapé, la compétition me manquait ! Regarder les patineurs faire de leur mieux, c’est très motivant, je voulais être parmi eux et faire la même chose.
Remporter l’or ici, ça m’aurait plutôt desservi je pense, car par forcément mérité, et même si la médaille de bronze reste une belle médaille, j’ai encore plus envie de repartir travailler et de revenir plus fort.’

Deuxième après le court, Nika Egadze avait la médaille à porté de patin… Encore fallait-il patiner un libre correct sur ‘The winter’ de Balmorhea suivi de la bande originale du film ‘Oppenheimer’, mais Nika a semblé être paralysé par l’enjeu. Quadruple boucle piqué simplifié en triple, quadruple Salchow non déclenché, les approximations en début de programme sont rédhibitoires, même sur une compétition au final assez moyenne. Il se reprend bien ensuite, le deuxième quadruple Salchow est en combinaison avec triple boucle piqué, les deux triple Axel sont là (avec double Axel, puis avec euler-triple Salchow), mais il ne semble plus y croire. Les juges non plus, ils le classent 8ème du libre (151.93 points), pour un total de 243.87 points et la 4ème place finale. Surtout, il faut absolument revoir la composition du programme : à ce niveau-là, il est assez extraordinaire de voir tous les sauts les uns après les autres, puis ensuite les pirouettes et les suites de pas, ce qui empêche d’ailleurs un saut de bénéficier du bonus de 10% en deuxième moitié de programme car il arrive trop tôt.

Matteo Rizzo est clairement encore en rodage sur ‘Miserere’ par Zucchero et Luciano Pavarotti, son nouveau programme libre qu’il présente pour la première fois en compétition. Quadruple boucle piqué incomplet et chuté, quadruple boucle qui manque de rotation, l’entrée de programme n’est pas exceptionnelle, même s’il y a du mieux avec triple flip-euler-triple Salchow. La carre d’appel de ses triples Lutz n’est pas assez clairement en dehors pour les officiels, qui donc jugent les sauts négativement. Pour maximiser ses points Matteo pourrait placer une combinaison supplémentaire dans la deuxième moitié de programme, qui il est vrai contient déjà les deux triples Axel. Je n’ai pas été convaincu par le choix musical, à revoir avec plus de vécu, car Matteo m’a semblé assez lent aujourd’hui. J’ai par contre bien aimé sa glissade sur un genou, et un genou seulement, sur laquelle il arrive à faire un demi-tour sur la glace. Il prend la 6ème place du libre (185.53 points) et repart en 5ème position (241.21 points), en étant le deuxième meilleur patineur italien.

Denis Vasiljevs m’a presque agréablement surpris avec son libre sur ‘La Bayadère’. Certes, le thème est un peu daté, ce n’est pas vraiment dans la tendance actuelle de l’ISU qui tend à montrer une image plus moderne du patinage, mais une fois le parti pris engagé, il est assumé. Le costume est assez proche de celui du ballet du même nom, et la chorégraphie suit le pas. De plus, Deniss tente et passe deux quadruples Salchow en début de programme, le premier étant en combinaison avec triple boucle piqué, preuve qu’il a le saut dans les jambes et qu’il avait raison de le tenter dans le court. Bon, les juges ont bien noté le manque de rotation, surtout sur le premier saut, ce qui attire des notes d’exécution quasiment unanimes à -3. Respect toutefois pour toujours tenter plus, alors qu’il n’est pas vraiment le patineur le plus jeune du circuit. Ses quadruples ont même fait sauter l’écran géant de la patinoire, qui n’est revenu qu’un peu plus tard dans le programme. Les triples Axel sont très applaudis, même si le deuxième manque de rotation. Le public est en délire après triple Lutz-euler triple Salchow, ainsi que sur sa pirouette assise, très compacte et donc très rapide. On a connu Deniss plus en réussite sur les sauts ‘simples’, le triple boucle final est par exemple retourné. Pour le public en tout cas, c’est un soutien sans faille (la solidarité entre Etats baltes doit aussi jouer), c’est une quasi standing ovation, avec moulte agitation de drapeaux et pluie de peluches sur la glace. Deniss empoche 161.88 points sur le libre (4ème) et 238.70 points au total, pour la 6ème place.

Les sélections pour la suite de la saison vont être compliquées pour la fédération italienne… Après un retour à la compétition en fanfare, Daniel Grassl termine derrière Nikolaj et Matteo sur ces championnats, alors qu’il a le bagage technique le plus conséquent. Son libre sur la bande son de la comédie musicale ‘Billy Elliot’ était certes moins bien patiné qu’en début de saison, mais sur le libre Daniel termine devant Matteo (5ème place avec 159.59 points, pour la 8ème place au final et 237.74 points). Beaucoup de problème sur les sauts aujourd’hui : quadruple Lutz à carre incertaine, quadruple boucle très incomplet, quadruple Salchow manquant de rotation, ainsi que les deux triples Axel, et chute sur le dernier triple Lutz. A discuter entre officiels !

Cela semble plus simple pour la fédération estonienne : certes les deux frères Selevko ont tous les deux été logiquement très applaudis, mais Mihhail affiche le meilleur résultat : il est 7ème du libre (154.15 points) et 7ème au final (239 points), soit deux places de mieux que son frère Aleksandr (9ème au final avec 230.91 points, et la 11ème place du libre avec 146.26 points). Mihhail n’a pas déclenché le quadruple boucle piqué, mais son quadruple boucle initial est superbe (sauf pour le quatrième juge qui le note à -1, quand le premier juge lui octroie +4… heureusement que les notes extrêmes sont éliminées !). Le reste de son programme sur la bande originale de ‘Westworld’ est assez convaincante, avec deux combinaisons triple-triple en deuxième partie, abstraction faite du simple Lutz, non déclenché. La fin de programme est un peu bizarre, la suite de pas est patinée sur une série de ‘bips’ et autres bruits électroniques, avec le retour d’un peu de musique pour la dernière pirouette.

Aleksander a patiné en demi-teinte, en ne déclenchant pas ses premiers sauts (quadruple-triple simplifié en triple-triple, et double Lutz), et avec une réussite de 50% sur le triple Axel (le premier est noté à +4, le deuxième chuté). Le flip final est retourné, la combinaison précédente avec triple Lutz et deux double Axel est elle atterrie. Aleksandr a pour lui une plus grande expérience au niveau international, avec sa médaille européenne l’année dernière, mais il semble ne pas complètement assumer son nouveau statut. La sélection semble pencher en faveur de son frère pour les mondiaux, à suivre.

La dégringolade du jour est malheureusement pour Vladimir Samoilov, qui passe de la 3ème place du court à la 13ème place du libre (143.69 points) pour une 10ème place au combiné des deux épreuves (229.67 points). Le programme est pourtant ambitieux, avec quadruple Lutz (retourné), quadruple Salchow et triple Axel dans les premières minutes sur ‘Lay my body down’ de Rag’n Bone Man, pris avec une bonne vitesse, qui malheureusement s’étiole sur la fin de programme, plus compliquée (chute sur le triple flip notamment). Comme le rappellent les paroles ‘je ne suis qu’un humain, ne me jetez pas la pierre’. La marche était trop haute sur le libre, mais Vladimir repart avec une très jolie petite médaille de bronze obtenue sur le court, et beaucoup d’expérience engrangée.

Kevin Aymoz n’est malheureusement jamais vraiment rentré dans son programme sur ‘Van Gogh’ de Virginio Aiello et ‘Hold on tight’ de Thomas Azier, puis ‘Destiny’ de Karl Hugo. Le premier quadruple boucle piqué est tenté mais il est incomplet et chuté, le deuxième n’est pas déclenché. Les deux triples Axel se terminent également sur la glace, avec un manque de rotation évident, le triple boucle piqué censé être en combinaison est trop raide pour pouvoir enchaîner, et le flip est en simple. Seulement deux triples sauts réussis (Lutz et boucle piqué), pirouettes de niveau 2 et 3, c’est clairement un jour sans, alors que Kevin a tout pour jouer la médaille, les séquences de pas étant elles très bien reçues, de la part du public ainsi que des juges, qui montent les notes au plus haut (+4 et +5 sur la séquence de pas, de niveau 4), ce qu’aucun autre patineur n’égale.

Kevin :
‘J’ai fait de mon mieux, c’est surtout un problème de timing… mes programmes courts avant de venir ici étaient tous bons, celui de la compétition ne l’a pas été, même chose pour le libre… Avant le court j’ai rêvé que j’avais une médaille sur ces championnats ; après le court je pensais à la petite médaille [celle décernée par l’ISU sur les résultats du libre], il faut croire que les championnats d’Europe, ce n’est pas ma compétition. Ce résultat ne va pas me tuer, il y a des choses plus importantes. Par rapport à l’année dernière, j’ai quand même réussi à être là sur la glace. J’ai vraiment senti le soutien du public, je suis déçu car j’aimerai pouvoir lui rendre tout l’amour qu’il m’envoie. Je me suis beaucoup battu ces derniers mois, je peux faire un libre qui me permet la médaille en Grand Prix, ou alors pas du tout… C’est le sport.’