
Avec un plateau digne des championnats d’Europe, la danse libre de ce Grand Prix de France s’annonçait très relevée. Tel a été effectivement le cas, quasiment tous les patineurs décrochent le niveau maximum de 4 sur les portés (rotatifs, circulaires, enchaînés ou non) ainsi que sur la séquence de twizzles et la pirouette. Les différences techniques se font comme souvent sur les suites de pas (côte à côte sur un pied, ou ensemble dans un schéma circulaire, médian, diagonal, ou en serpentin).

Laurence Fournier-Beaudry et Guillaume Cizeron remontent de deux places et remportent logiquement cette édition 2025 du Grand Prix de France. Comme aux Masters, cette danse libre est d’une élégance folle. Je suis toujours assez bluffé de la rapidité avec laquelle Laurence et Guillaume ont réussi à trouver cette osmose, cette fluidité. Tout est naturel, tout s’enchaîne d’un seul tenant, on en oublie les éléments techniques. Les quelques changements notables depuis les Masters sont les cheveux de Laurence, désormais attachés, et le haut de Guillaume qui est devenu opaque, pour éviter une quelconque sanction des juges. Les notes sont déjà dithyrambiques, avec pour l’exécution quelques +3 perdus dans un océan de +4 et +5, et pour les composantes aucune note inférieure à 9.50 et déjà des 10 ! Ils totalisent 133.02 points sur la danse libre et 211.02 points au total, leur saison est belle est bien lancée (ils sont déjà au niveau du bronze des derniers mondiaux).

Laurence et Guillaume :
‘Cette compétition, avec la victoire à la clef, ça représente beaucoup pour nous. Cela nous rappelle à quel point on aime la compétition, on a retrouvé les papillons dans le ventre. Après la RD on a tourné la page, on voulait montrer tout ce qu’on peut faire. On a réussi à reproduire ce qu’on fait à l’entraînement aujourd’hui, on est vraiment très contents. C’est une très bonne manière de commencer à l’international, sachant qu’on n’a pas beaucoup d’expérience ensemble ! La route est encore longue jusqu’aux Jeux, même si ce n’est que dans quelques mois. Pour notre prochaine compétition, si on ne devait retenir qu’une seule chose : ne pas tomber dans la séquence de pas chorégraphique de la rhythm dance !’

Lilah Fear et Lewis Gibson reculent d’un cran et repartent en argent avec 210.24 points, dont 125.86 points obtenus dans le libre. Après leur rhythm dance sur les Spice Girls, ils ont de nouveau choisi un thème qui devrait ravir le public lors des championnats d’Europe à Sheffield en janvier : ils patinent sur des musiques écossaises, et revêtent pour l’occasion des costumes pavoisés de tartan rouge, il ne manque plus que le kilt (que leur compatriote John Kerr avait osé dans le temps). Beaucoup de passages sautés sur les pointes, ils emportent le public avec eux, quelle ambiance ! De mon côté je reste un peu plus en retrait. Les juges ont bien aimé, avec des notes d’exécution en moyenne à +3 / +4, et des composantes entre 9.00 et 9.50.
Lilah et Lewis :
‘On était premiers hier, seconds aujourd’hui, on n’est pas forcément déçus, on prend les journées une par une. On est très fiers de notre performance aujourd’hui, cela reflète bien ce qu’on peut faire à l’entraînement. On a été très soutenus par le public, on sentait qu’il avait besoin de s’amuser. Cela nous donne beaucoup d’énergie et d’envie pour notre prochain Grand Prix au Japon.
S’entraîner ensemble avec les autres médaillés, c’est vraiment une chance pour tous, c’est une saine émulation, chacun se pousse, tout le monde a une énergie différente.’

Allison Reed et Saulius Ambrulevicius ont repris des musiques de Faithless, cette année c’est ‘God is a DJ’ et ‘We come 1’. Certes, cela reste dans leur registre habituel, mais il est assez courant pour les patineurs sur une année olympique de garder une atmosphère qu’ils connaissent bien, ce n’est pas le moment de tenter quelque chose de radicalement nouveau ! Cette danse libre est plus sobre, moins dans l’explosivité que les années passées, un peu de retenue leur sied à merveille, j’ai beaucoup aimé leur proposition. Avec 120.07 points ils sont troisièmes du libre et repartent en bronze avec 201.05 points.
Allison et Saulius :
‘Etre de retour sur un podium en Grand Prix, c’est à la fois un honneur et une fierté, on est contents de ce qu’on a pu présenter sur la glace, ça va beaucoup nous booster pour notre prochain Grand Prix.
Après toutes ces années passées en compétition, c’est assez rare d’aller dans une patinoire dans laquelle on n’a jamais mis les patins, mais ce sera le cas au Skate Canada à Saskatoon ! Le Canada est comme une seconde maison pour nous, on a hâte.
C’est vrai, les derniers mondiaux ont été une déception puisqu’on n’a pas pu se qualifier directement pour les Jeux Olympiques. Pas question de prendre du temps pour réfléchir, on s’est assis avec nos entraîneurs et on en a discuté tout de suite : notre objectif n’avait pas changé, c’est les Jeux ! Bien sûr il a fallu tourner la page, mais ça nous a reboosté comme jamais. Notre été a été très bon, on s’est bien préparés physiquement mais aussi mentalement, cela nous a rapprochés en tant que patineurs mais également en tant qu’amis, cela nous a permis de grandir. On est aussi très bien entourés avec notre équipe, c’est vraiment un travail de groupe, qui nous projette dans une nouvelle perspective. Le chemin qu’on a parcouru depuis les Mondiaux est vraiment ‘amazing’, on est très fiers de ce qu’on a fait.’
Charlène Guignard et Marco Fabbri remontent d’une petite place et terminent au pied du podium avec 195.98 points, dont 118.73 obtenus aujourd’hui, sur la bande originale de ‘Diamanti’. Ce n’est clairement pas le résultat escompté pour les triples champions d’Europe en titre, ils sont à plus de 10 points de leur dernier score mondial. La planche de note n’est pas mauvaise au niveau technique, c’est au niveau de l’exécution que les juges semblent trouver un moins bien : les notes plafonnent en moyenne +2 / +3, avec quelques +4 mais également un +1 du 6ème juge sur la pirouette. Ce Grand Prix est leur première compétition de la saison, participer à un challenger avant de venir à Angers aurait peut-être été judicieux pour peaufiner leurs programmes. On espère les retrouver en meilleure position très vite.

Si les Italiens gagnent une place, c’est que les Géorgiens Diana Davis et Gleb Smolkin en perdent une ! Leur danse sur ‘Sonate pour violoncelle et piano en ré majeur’ de Nikolaï Myakovski et ‘A taste of elegance’ de Anne-Sophie Vernayen est agréable, ils commencent à marquer des points au niveau international, et sont l’exemple type du couple qui pourrait progresser rapidement dans la hiérarchie l’année prochaine, après le départ de nombre de danseurs en fin de cycle olympique. Ils terminent 5èmes (116.47 points dans le libre, 194.27 au total).

Marie-Jade Lauriault et Romain Le Gac conservent leur 6ème place (112.74 points, 186.49 au total). Thème égyptien cette année, avec des musiques tirées du film ‘Astérix et Obélix : mission Cléopâtre’. Marie-Jade est en bleu turquoise, un serpent doré en 3D venant se lover autour de son torse ; Romain est en noir et or, avec également des représentations multidimensionnelles de pharaons sur son plastron, et une demi-jupe. Ils pourraient gagner cette année le prix des plus jolis costumes ! Comme toujours, beaucoup d’expression et de nombreuses idées dans ce programme, à l’image de la séquence chorégraphique finale : celle-ci se termine en porté avec un genou à terre pour Romain, et Marie-Jade vient rouler toute droite jusqu’à son patin. Le programme passe trop vite !

Marie-Jade et Romain :
On est contents de notre compétition dans l’ensemble, surtout de la RD. Sur ce libre on a senti qu’on pouvait encore plus attaquer. On a encore un peu de temps avant le Skate Canada, mais c’est surtout après qu’on va pouvoir se poser. On a eu la chance de faire plusieurs compétitions ce début de saison, après notre deuxième Grand Prix on va pouvoir reprendre l’entraînement un peu différemment. Pas forcément de grosses modifications dans les programmes, mais une charge de travail plus importante. Quand on arrive en compétition les entraînements sont plus légers, ce qui nous permet alors d’avoir plus de liberté.
L’idée de la danse libre, c’est un travail d’équipe. On pensait exploiter le thème de la momie, et on a trouvé Cléopâtre, c’est tellement riche ! On a voulu des costumes à la hauteur, les éléments en relief sont issus d’impression 3D. Les musiques nous ont donné plein d’idées, on voulait leur faire justice. Les portés, on essaye certaines fois d’en reprendre tel quel d’anciens programmes, mais il arrive qu’on nous dise ‘c’était mieux la dernière fois’. On s’efforce de les améliorer, ou d’en trouver de nouveaux. Le porté la tête en bas de notre RD vient de notre programme sur la Panthère Rose, des positions étaient illégales à cause du grand écart, elles ne le sont plus désormais. Le porté final dans le libre, on a trouvé l’idée de faire rouler Marie Jade d’un coup. Typiquement, on l’a fait facilement une première fois, puis on a dû réfléchir à comment on l’avait fait pour le refaire ! C’est assez logique avec l’histoire de Cléopâtre, c’est un clin d’œil à son apparition devant Jules César, où elle était apparue enroulée dans un tapis.²
Après le Skate Canada pour éviter un break de 8 semaines on va faire un Challenger au Canada, on aura ensuite 4 semaines avant les nationaux qui vont être très importants ! On vise clairement une qualification pour les Jeux de Milan’.

On retrouve dans la suite de classement les deux couples américains, au coude à coude : Emily Bratti et Ian Sommerville surclassent leurs compatriotes pour quelques dixièmes dans le libre (107.71 points), mais pas suffisamment pour les dépasser (172.80 au total). Très belle musique du thème de Noureyev (‘The white crow’), tendue dans sa partie intermédiaire avec les violons presque grinçants, très mélodieux en début et fin de programme. Bon choix ajusté aux possibilités d’Emily et Ian, qui arrivent à exprimer leur chorégraphie jusque dans les dernières secondes.

Eva Pate et Logan Bye ont un thème plus ‘classique’ : ‘Le Roi Lion’, même si le thème principal et archi-connu n’apparait que dans les 15 dernières secondes. Ils sont donc 7èmes (106.36 points, 177.68 points au total) devant Emily et Ian, grâce à leur avance sur la rhythm dance, alors que ceux-ci les avaient devancés lors des derniers championnats américains.

Natacha Lagouge et Arnaud Caffa sont 9èmes avec 103.21 points dans le libre et 171.29 points au total, sur ‘J’oublie’ de Milva et ‘In the mood for love’. Leur patinage est romantique, glissé, j’ai trouvé qu’ils avaient progressé en finesse et en justesse d’exécution, un très joli moment.

Célina Fradji et Jean-Hans Fourneaux prennent de l’expérience pour leur première année sénior, et ne déméritent pas aujourd’hui sur la musique ‘Reminiscence’ d’Olafur Arnalds (10èmes avec 148.92 points dont 92 dans le libre). Les niveaux peuvent encore augmenter sur la pirouette, il faudra faire attention à l’enchaînement des deux portés, jugés trop longs et leur attirant une déduction d’un point. Les juges ont particulièrement aimé les premiers portés et la séquence de pas médiane.