
En l’absence des leurs concurrents directs, qui ont au mieux annoncé prendre une année sabbatique après les Jeux, Laurence Fournier-Beaudry et Guillaume Cizeron sont seuls au sommet de la danse sur glace. Quelle motivation trouver dans cette situation, alors que les athlètes sont habitués à la concurrence directe pendant toute leur carrière ? Laurence et Guillaume semble avoir trouver : se renouveler, explorer encore plus profondément les recoins de la danse sur glace. Ils ont choisi ‘They will shade us with their wings’ et ‘This bitter earth’ de Max Richter, pour une ambiance assez proche de l’année dernière, mais avec une approche différente. Le programme déjà somptueux est encore en rodage, les niveaux ne sont pas au maximum : suite de pas sur un pied de niveau 3, twizzles de niveau 3 (avec un GOE à 1 de la juge française, qu’on ne peut accuser de favoritisme !), la suite de pas en serpentine étant même de niveau 2 pour Laurence. J’ai parfois senti Laurence un peu en retrait, tant Guillaume évoluait avec aisance dans ses mouvements désarticulés. Les composantes sont elles très bonnes, rien en dessous de 9.50 et un premier 10. Ils totalisent 125.01 sur le libre, et 207.67 points au total.
Guilaume : ‘C’est vraiment sympa d’être ici, l’année dernière c’était un peu imprévu, cette année encore je dois me pincer pour y croire, on est vraiment reconnaissant d’être là. On a pris du temps après les Jeux pour se demander ce qu’on allait faire de nos vies, du temps qui nous restait sur terre, si on allait continuer ou non. On s’est dit ‘pourquoi pas ?’. On aime vraiment patiner, s’entraîner, créer de nouveaux programmes, je dirai qu’on apprécie encore plus, on réalise combien ces moments sont précieux.’
Laurence : ‘Il y a toujours de la pression sur les compétitions, on veut patiner du mieux possible. Je pense que nous sommes les juges les plus durs envers nous-mêmes. Choisir la musique a été tout un process, on avait plusieurs options.’
Guillaume : ‘On avait une idée de ce à quoi on voulait que ça ressemble. Quelque chose de plus moderne, de contemporain, en deux actes. La musique nous amené à bouger d’une façon différente, ça nous a pris beaucoup de temps pour créer cette danse, on est sorti de notre zone de confort. Même au niveau technique, ça ne se voit peut-être pas, mais il y a plein de petits détails, comme sur les twizzles, qui rendent tout plus dur. Mais on avait besoin de ce défi’.
Laurence : ‘On voulait vraiment associer musique et émotions, que tout soit entremêlé. On a eu la chance voir Max Richter en concert à Montréal, et sa première musique a apporté une telle ambiance qu’on savait qu’on allait l’utiliser ; ensuite on a créé les mouvements dessus avec nos entraîneurs et nos chorégraphes.’

Changement de registre pour Diana Davis et Gleb Smolkin, qui nous avait présenté par le passé des musiques plus rock voire métal. Aujourd’hui ils sont dans le lyrique, avec le ‘Prelude to a soul’ de Sebastian Piano et ‘Terra rossa’ de Havasi, entre les notes aériennes du piano et le violon torturé. Je note par moment l’inspiration ‘Laurence et Guillaume’ notamment sur certains portés. Je trouve qu’ils manquent toujours un peu de projection vers le public, les tenues prêts du corps n’aident pas. Beau programme tout de même, à revoir, avec 116.03 points dans le libre et 193.93 points au total, ils repartent avec une belle médaille d’argent.
Gleb :
‘Cette première médaille en Grand Prix montre qu’on est dans la bonne direction. Ce programme est une histoire personnelle, on a décidé d’utiliser le fait que Diana n’entende pas comme source d’inspiration pour notre libre, on en a fait une force, pour raconter comment on est malgré tout connectés. On a eu plusieurs options pour la musique, dont des morceaux composés par l’IA, qui incorporait des sons, des instruments, de la poésie… finalement on est revenu vers des composition de vrais artistes. Après notre deuxième compétition Challenger, on a senti qu’il manquait quelque chose, on a changé une partie des musiques pour quelque chose de plus profond, moins répétitif, avec les violons. Après les Jeux, on s’est tout de suite replongé vers la suite, on savait qu’il pouvait y avoir un blues post-olympique mais on a tout planifié pour ne pas penser au passé, on a tout de suite regardé vers l’avant et la saison à venir.

Les musiques douces et délicates ont la côte semble-t-il au sein de l’équipe américaine (et pas que), Christina Carreira et Anthony Ponomarenko ont choisi une version réorchestrée du ballet ‘Manon’ de Massenet (qui d’ailleurs se joue en ce moment à Paris). L’histoire n’est pas très drôle, puisque Manon, fille de joie, se voit arrêtée et déportée aux Amériques en paria, son amant la suit mais elle meurt dans ses bras. Christina et Anthony font un programme sans faute, avec une belle vitesse d’exécution. Ils totalisent 111.53 points dans le libre et 189.36 points sur la compétition, pour le bronze. En l’absence de Chock/Bates, ils se positionnent parmi les meilleurs patineurs américains cette saison.

Sofia Val et Artem Markelov remontent d’un cran et terminent 4ème avec 165.99 points dont 101.21 points dans le libre.

Ils profitent de la dégringolade de Eva Pate et Logan Bye, seulement 8eme du libre (91.27 points), qui passent de la 4ème à la 6ème place au final (156.07 points). Faute notamment aux twizzles, où ils partent par deux fois à l’erreur, et à la suite de pas qu’Eva termine par terre.

Parmi tous les thèmes lents et romantiques du jour, j’ai bien aimé la proposition de suédois Milla Ruud Reitan et Nikolai Majorov sur‘Rain, in your black eyes’ : pas forcément le choix le plus original, mais bien exécuté.


Les autres français engagés terminent en fin de classement, mais gagnent sur ce Grand Prix une expérience appréciable. Célina Fradi et Jean-Hans Fourneaux conservent leur 9ème place (151.24 points, dont 88.84 points dans le libre), devant Louise Bordet et Martin Chardain (141.94 points, 84.39 points dans le libre).