Comme tous les ans les Masters de patinage inaugure la nouvelle saison en France, si on fait abstraction des Grand Prix Junior qui ont déjà commencé.
Dès les entraînements de ce premier jour, on sent que la catégorie couple promet beaucoup : les patineurs sont en forme, les triples sauts parallèles s’enchaînent après les triples sauts lancés et les triple Twist.

Sur le programme court, l’avantage est aujourd’hui pour Aurélie Faula et Théo Belle, qui repartent avec 60.93 points. Leur ́tango de Roxane ́ n’est pas le choix le plus original du circuit, mais ils le patinent avec conviction. Aurélie pourtant en réussite sur le triple Salchow aux entraînements matinaux et à l’échauffement le retourne pendant le programme. Le triple Twist, de niveau 1, est correct ; ils enchaîent ensuite avec un triple boucle lancé très ample, qui reçoit des notes d’exécution jusqu’à +2/+3, ainsi que la suite de pas, le porté et la pirouette de couple.

Ils devancent les très expérimentés Camille et Pavel Kovalev, qui ne sont qu’à quelques dixièmes de points (60.39 points). Camille et Pavel ont également montré de très belles choses hors compétition aujourd’hui, avec notamment des triple boucle piqué et triple Salchow paralèles assurés. Pas d’erreurs majeures, mais les juges notent quelques hésitations dans l’exécution du triple Twist (niveau 1 également), sur le triple boucle piqué un peu hésitant pour Camille, et sur le triple flip lancé. Les voir premiers ne m’aurait pas choqué, leur thème flamenco est une jolie trouvaille, ils repartent avec les meilleures composantes.

Louise Ehrhard et Matthis Pellegris complètent le podium provisoire avec 54.51 points. Louise chute sur le double Axel parallèle, mais ils présentent un programme déjà abouti, sur un théme lyrique entamé avec la version revisitée de Max Richter des ́quatre saisons’.

Megan Wessenberg et Denys Strekalin font forte impression, ils ont gagné en assurance, en vitesse et en qualité d’exécution. Cela ne se ressent pas forcément au niveau des notes, ils sont 4èmes avec 52.86 points. Il reste encore à corriger quelques erreurs d’inattention, comme la chute de Denys après le triple boucle piqué, pourtant bien réussi. Le triple flip lancé en fin de programme est chuté, mais le triple Twist, de niveau 3, est très ample, même s’il ne récolte que des notes négatives de la part des juges.

Echange avec Camille et Pavel
Passion-patinage : Comment ça va après ce programme court ?
Camille : Ca va, on a réussi à faire ce qu’on pouvait avec la préparation qu’on a pu avoir.
Cet été a été assez compliqué. On savait après les JO que ce serait difficile au niveau de notre club à Angers. Bruno [Massot] va partir à l’étranger, de notre côté on voudrait se rapatrier sur Nantes ; c’est là qu’on patine pour l’instant mais on habite toujours à Angers, on fait les allers-retours.
Ces dernières semaines on a réussi à grapiller quelques heures de glace à droite à gauche, mais ce n’était pas optimal. On a patiné a Dunkerque, également à Peak Ice ou à Nantes. Mais ce n’était pas forcément avec une glace entière, on pouvait patiner avec d’autres patineurs, des individuels, des danseurs; mème quand on nous proposait de passer nos musiques, c’était vraiment sympa, mais on ne sentait pas forcément de nous imposer. On trouvait une partie de la patinoire pour travailler quelques éléments de programme, mais par exemple on n’a fait aucun porté, même si on a maximisé notre présence sur glace. Du coup on a beaucoup travaillé au sol pour avancer le plus possible. Au final ça ne fait que trois semaines qu’on s’entraîne à peu près normalement.
PP : La fédération peut vous aider dans ces conditions ?
Camille : La fédération voudrait bien sûr qu’on ait de bonnes conditions d’entraînement, propre à la discipline de couple, mais l’équilibre n’est pas évident à trouver. On ne veut pas revenir en région parisienne. A Nantes on retrouve Dominique Deniaud, avec qui on a travaillé par le passé au niveau chorégraphique, il y a aussi Sylvain Le Goff ; nous on s’y plait, on veut un endroit où on se sente bien, mais ce n’est pas dédié au couple. On espère que tout va s’arranger bientôt, et pouvoir aller faire des stages à l’étranger avec Bruno. Partir complètement à l’étranger pourquoi pas, mais c’est aussi un budget, et on a moins de financement cette année.
A la fin de la saison dernière on a effectivement annoncé repartir pour 4 ans, c’est notre objectif premier ! Cet été, quand on était dans le dur, honnètement on s’est posé la question de continuer. Sans conditions idéales pour s’entraîner, c’est compliqué, on ne veut pas se présenter en compétition sans avoir progressé ou au moins avoir maintenu notre niveau. Mais on reste optimistes, la semaine prochaine on part faire le challenger au Japon, après on va avoir quatre semaines de stage.
PP : Comment se sont montés les programmes dans ces conditions ?
Camille : On n’a pas pu travailler énormément avec Bruno, un peu quand on était à Peak Ice. Il a trouvé la musique pour notre programme court. Pour le libre, on avait déjà l’idée l’année derniére, on a fait quelques arrangements. Après, c’est Pavel qui a monté les chorégraphies.
Pavel : Même par le passé quand on assemblait nos programmes avec un chorégraphe, je faisais toujours des modifications, à la fin de la saison il pouvait rester surtout du Pavel. Là, Bruno a vu notre court, il l’a trouvé bien changé depuis la derniére fois.
Camille : C’était le tout premier programme complet avec les costumes, qu’on a reçu ce matin, l’occasion de les essayer une premiére fois en conditions réelles !
PP : Camille, tu nous avais parlé d’une opération de l’épaule, voire des deux, qu’en est-il ?
Camille : J’ai passé des IRM, revu des médecins : l’épaule droite va mieux, elle n’a pas besoin d’opération, juste du kiné. Pour la gauche ce sont les mèmes recommandations, mais elle a toujours tendance à se déboiter, c’est douloureux; pendant l’entraînement à chaud ça va, je termine la session sur glace. C’est plus compliqué à froid, mais en 2-3 jours ça passe.

Chez la catégorie dames, ou plutôt chez les catégories dames, ça ressemble à la Berezina : il faut combiner les patineuses junior et senior dans le même groupe pour atteindre le pénible nombre de cinq patineuses ! Léa Serna nous confiait effectivement la saison derniére ne pas poursuivre, Lorine Schild a annoncé se mettre pour le moment en retrait des compéitions, et Stefania Gladki n’est pas alignée sur cette compétition.
Chez les seniors, Eve Dubecq est première avec 50.65 points, sur la version de Typh Barrow de ́Back to black’. Techniquement, elle tente gros, dont la nouvelle combinaison triple boucle-triple boucle piqué, malheureusement chutée, et le triple Lutz, qui connait le mème sort. Son double Axel, tout en douceur, récolte de belles notes d’exécution de la part des juges (jusqu’à +3), alors que ses pirouettes sont toutes de niveau 4.
Ines Belot est un peu en retrait, avec un petit manque de vitesse, sur ́Why don’t you do right’ avec triple boucle piqué (chuté), triple Salchow (incomplet) en combinaison avec double boucle piqué et double Axel, mais également des pirouettes de niveau maximum.
Chez les juniors, Shylina Renaud vire en tête avec 45.91 points, devant Louane Wolf (45.22 points) et Mila Bertsch (42.29).
Peu de concurrentes, mais toutes tentent le triple Lutz : réussi pour Shylina, incomplet pour Louane et chuté pour Mila. Le classement pourrait facilement changer, car sans ses trois points de déductions (deux pour des chutes, un pour dépassement de temps), Mila serait dans le mème point que Shylina et Louane.