
Laurence Fournier-Beaudry et Guillaume Cizeron sont tout simplement intouchables aujourd’hui. Techniquement, cela ne peut pas aller plus haut. Les notes d’exécution sont également quasiment aux maximum, il y a un certes un modeste +3 du dernier juge sur les twizzes, les autres notes sont à +4 / +5 , et les composantes sont soit à 9.75 soit à 10. Les champions olympiques frisent donc la perfection ! Ils semblent effectivement patiner sans pression, complètement libérés, sur cette musique de ‘The Whale’ qui compose un programme organique, intime. Cette danse a été prête très tôt dans la saison, ils ont pu en explorer toutes les subtilitées, pour l’amener à un niveau inégalé ce soir. Avec 138.08 points dans le libre, ils obtiennent un total de 230.81 points sur la compétition. Quasiment 20 points d’avance sur leurs concurrents, cela correspond rien moins qu’à deux séries de twizzles !
Laurence et Guillaume :
‘C’était un très bon programme pour nous ce soir, c’était magique, on a ressenti toute l’énergie du public. C’est comme une célébration de toute cette saison. On n’était pas vraiment stressés, plutôt détendus, mais pas trop, on avait juste la bonne dose de pression, au bon endroit, pour profiter du moment. A la fin de notre libre, on est restés longtemps au centre de la piste, c’est vrai. Ces moments-là sont précieux : on vient de terminer, on n’a plus aucune pression, on peut vraiment communier avec le public, recevoir toute son énergie. On emmagasine beaucoup, même si ça ne dure que peu de temps.’

Piper Gilles et Paul Poirier ont fait un pari très osé, reprendre ‘Les hauts de hurlevents’, thème torturé, avec une musique pas vraiment destinée à être applaudie à tout rompre par le public qui ne demande pourtant que ça. C’est beaucoup plus intime, plus recherché, passer derrière Lilah et Lewis jette un froid dans la patinoire, mais il faut de tous les styles ! Piper et Paul sont excellents dans l’interprétation ce soir, leurs visages sont jusqu’à tordus de douleur et d’interrogations, belle performance ! Côté technique, on sent qu’ils n’ont pas le rodage d’un programme patiné sur toute la saison, c’est un peu juste par moment, mais cela suffit pour repartir en argent avec 211.52 points, même s’ils ne sont que 3èmes du libre avec 125.07 points.
Piper et Paul :
‘On est vraiment contents de cette expérience, on savait que ça allait être un défi, on était prêts pour ça. On a vraiment aimé patiner ce programme une nouvelle fois, recréer ce moment particulier sur la glace. On est fiers de ça.
La semaine prochaine… on a un autre défi : on part au Japon patiner à Stars on Ice dès vendredi prochain ! On rentre ensuite 5 jours au Canada, avant d’enchaîner avec la tournée canadienne. Les vacances ce sera après, mais c’est vrai qu’il faut qu’on y pense !
Avoir patiner sur treize championnats du monde… Cela nous a appris qu’il fallait qu’on patine pour nous. Tout ce parcours nous a rendu plus forts, c’est une mèche qui s’est consumé doucement, et nous a permis de mieux comprendre qui nous étions en tant que patineurs. On a tellement de bons souvenirs de nos programmes, on ne peut pas en choisir un seul. On est vraiment honorés d’avoir pu célébrer notre art ce cette façon.’

Emilea Zingas et Vadym Kolesnik participent à leur premier championnat du monde, ils ont pour eux la fougue et la vitesse de la jeunesse. Ils explosent cette année sur la scène internationale, mais en regardant bien ils sont déjà dans leur quatrième année sénior, ils ont déjà participé trois fois aux Quatre Continents, compétition qu’ils ont d’ailleurs remportée cette année. Leur version de ‘Roméo et Juliette’ à leur image : investie, sans appréhension, avec une technique sûre et une belle couverture de glace. Les juges les apprécient : s’ils peuvent améliorer les suites de pas, niveau 2, les notes d’exécution sont globalement à +4, et les composantes autour de 9. Ils sont 4èmes du libre avec 124.99 points, mais repartent en bronze avec 209.20 points.
Emilea :
‘Ma tête est encore en train d’essayer de comprend ce qu’il se passe. C’est surréel d’être assis en conférence de presse avec les autres médaillés. C’est un moment très spécial pour nous. Cette nuit ne j’ai dû dormir qu’une heure à peine, mon cerveau tournait à plein régime !’
Vadym :
‘On va rentrer aux US, et après deux jours de repos on reprend l ‘entraînement pour préparer la saison prochaine, on a aussi des shows, les vacances ce sera plutôt pour mai, avant les challengers cet été. Je voudrais dédier cette médaille à ma famille, mon père est ici, j’avais pu les voir aussi à Milan, mais ça faisait cinq ans qu’on ne s’était pas vus. J’espère juste que la guerre va finir vite et que la paix va venir’ [Vadym est d’origine ukrainienne].

Après leur déconvenue olympique, Lilah Fear et Lewis Gibson donnent tout sur la glace, sur ‘The bonnie banks of Loch Lomond’. Cela se voit dès l’entame du programme, avec le porté où Lewis tient Lilah bras quasi tendus au-dessus de sa tête, à l’image de ce que font les couples. Le public adore ! Un peu d’hésitation sur les twizzles, on les comprend, c’est l’élément qui leur a posé tant de problème sur leurs deux dernières compétitions : ça passe finalement bien pour Lilah, qui récolte un niveau 4, c’est Lewis qui prend un simple niveau 2. Pas grave, ils jouent leur carte à fond, le public est prêt à s’enflammer ! Lilah et Lewis n’ont aucun mal à le convaincre, il leur octroie une standing ovation !

Alors qu’Ashley Wagner leur demande en sortie de piste comment ils se sentent, Lilah répond que c’est le programme qu’ils ont rêvé de faire toute la saison. Tout le monde les voit en bronze ! L’’annonce des notes une sacrée douche froide : ils ne sont que 5èmes du libre avec 123.89 points, et terminent au pied du podium avec 208.98 points, soit à 22 centièmes de la médaille, avec deux points de déduction pour élément illégal. L’incompréhension est totale dans le Kiss n Cry. Il semble que le premier porté ait été réalisé avec les bras trop tendus… Cruel de perdre une médaille qui aurait été un grand réconfort, pour avoir trop donner.

‘Dune 2’ est une valeur sûre cette saison pour Olivia Smart et Tim Dieck, c’est encore le cas ce soir, le public se lève à la fin de leur prestation très investie. Beaucoup de trouvailles, de portés originaux. Il va falloir désormais trouver un thème aussi puissant pour l’année prochaine, même si le troisième volet de la saga ne va pas tarder à sortir dans les salles ! Et surtout améliorer la rhythm dance, quelles que soient les modifications que va imposer l’ISU, pour pouvoir prétendre aux médailles. Ils sont 2èmes du libre avec 125.31 points, leur record de la saison, et 5èmes au final avec 206.37 points.

Evgeniia Lopareva et Geofffrey Brissaud concluent leur saison de la plus belle des manières avec leur interprétation d’un medley de Bjork. Les éléments s’enchaînent avec une belle fluidité, ils ne perdent pas de vitesse notamment à la sortie des twizzles. Ils ne semblent pourtant pas convaincus après le salut final, Geoffrey explique dans le Kiss n Cry qu’ils n’étaient pas vraiment dans la glace. Ils sont 6èmes avec 203.77 points, donc 120.70 points dans le libre.

Allison Reed et Saulius Ambrulevicius remontent de deux places en prenant la 6ème place du libre (121.00 points), pour terminer 7èmes (200.66 points). En cette année olympique ils ont repris un thème qu’ils affectionnent particulièrement, un medley techno de Faithless. Allison et Saulius ont une belle carrière derrière eux, avec le bronze européen il y a 2 ans à Kaunas ; leur émotion en sortant de piste et dans le Kiss n Cry me laisse penser que c’était peut-être leur dernière compétition…

On pense à Adelina Abachkina et Louis Thauron quand on entend les notes du ‘Parfum’… sauf que cette fois-ci c’est Christina Carreira et Anthony Ponomarenko qui sont sur la glace. Le costume de Christina est particulièrement sanglant, avec un ensemble de fleur rouge sang qui dégoulinent de son cou… Une finira d’ailleurs sur la glace, ce qui leur vaut un point déduction. Ils sont 8èmes avec 200.56 points, aec 119.67 points récoltés dans la libre.

Marjorie Lajoie et Zachary Lagha réussissent à changer complètement d’atmosphère, après l’ambiance ‘match de foot’ hier, ils sont dans la sensibilité et la subtilité de ‘White crow’. Le programme est habilement monté, avec la choreo step en milieu de programme, sur le passage des violons intenses, alors que la fin se concentre sur une partie plus intime avec quelques notes de piano et de violon, tout en délicatesse. Ils empochent 118.25 points sur le libre, et prennent la 9ème place au final (199.06 points).

Changement complet de registre également pour Diana Davis et Gleb Smolkin, ils passent de Offpsring à la ‘Sonate for cello’ et ‘A taste of elegance’, et honnêtement, j’aime beaucoup. Comme quoi ils peuvent aussi patiner des programmes avec plus de subtilité ! Je les trouve très bons dans le romantisme torturé, ils peuvent encore aller plus loin dans cette veine, peut-être l’année prochaine ? Ils sont ce soir 10èmes avec 198.65 points, donc 119.31 points dans le libre.

Des Carmen, il y en a quasiment à toutes les compétitions… Que faut-il pour que ce poncif soit renouvelé et intéressant ? Ca tient peut-être à un détail vestimentaire… Katerina Mrazkova et Daniel Mrazek semble avoir trouver la solution : Katerina arbore une longue jupe rouge foncé, suffisamment fendue pour être virevoltante, assez longue pour pouvoir jouer avec dans les twizzles, pas trop pour ne pas se prendre les patins dedans… A l’inverse de Chock/Bates, le couple de frère et sœur a gardé la même version toute la saison. Rajoutez à cela une grosse réussite technique, et une patinoire pleine à craquer prête à applaudir au moindre prétexte, vous obtenez une très jolie version de Malaguena ! Ils conservent la 12ème place du libre (113.43 points, leur record), et magie du pointage gagnent une place pour terminer 11èmes (190.17 points).

Que manque-t-il à Caroline Green et Michael Parson pour flirter avec le très haut niveau ? Ils maîtirisent tous les éléments techniques, peut-être un peu plus d’ampleur et de vitesse, ces petits 10% en plus qu’ il est très dur d’aller chercher. Ils apportent néanmoins un vent de fraicheur toujours agréable, plein de trouvailles y compris au niveau des musiques, cette année sur ‘Escalate’ et ‘Son of nyx’. Ils terminent 12èmes avec 186.98 points, 113.98 points provenant du libre.

L’autre couple de frère et sœur tchèques, Natalie Taschlerova et Filip Taschler, souvent au coude à coude avec leurs compatriotes, redescendent au classement : ils ne sont que 19èmes du libre (97.58 points), et 18èmes au final (179.93 points). Ils ont effectivement connu quelques problèmes sur les twizzles, et le porté où Natalie doit prendre appui sur le patin de son frère ne monte pas, il leur manque donc un élément. Dommage, leur version de ‘Matrix’ est remplie d’idées.

Marie-Jade Lauriault et Romain Le Gac font la belle remontée du jour avec leur programme sur ‘Cleopatra’ : ils sont 13èmes du libre avec 111.96 points, et 13èmes sur l’ensemble de la compétition (181.66 points), place plus en accord avec la 14ème position qu’ils avaient obtenue à Milan.
Marie-Jade et Romain :
‘Cette semaine à Prague,c’est la meilleure façon de terminer la saison. Tout est tellement bien organisé, de l’hôtel à la patinoire, tout est rôdé, il n’y a aucune fausse note, c’est génial pour nous. Cette saison a été très longue ! On a dû faire la toute première compétition de la saison, là on fait la dernière ! On était avec d’autres patineurs qui voulaient aller aux Jeux ; on a réussi à se qualifier, on aurait bien aimé emmener tout le monde ! On a aussi changé de cadre d’entraînement, on est désormais en Ontario, on apprend toujours beaucoup !
On a pris vraiment chaque étape une par une, il fallait vraiment qu’on laisse les Jeux en périphérie pour pouvoir avancer. Ensuite quand c’est devenu réel, il nous a bien fallu quatre jours pour processer l’information ! Tout est allé très vite, on a dû changer toute notre rhythm dance à cause de droits de musique de Prince, on a ensuite rempli plein d’autres papiers pour être en règle. On pense que le comité olympique canadien n’a voulu prendre aucun risque, même si d’autres ont décidé de garder les mêmes musiques que nous. On a reçu nos costumes juste avant de partir, c’était un peu tendu. Mais sur place on a vraiment réussi à profiter complètement.
L’épreuve par équipe était un moment fort, même si on n’a pas patiné, on savait qu’on arrivait après, mais ça soude énormément, l’idée d’équipe prend tout son sens. Comme pouvoir défiler à la cérémonie d’ouverture, ce qu’on n’avait pas pu faire en 2018. Et assister à d’autres compétitions, le patinage de vitesse, le hockey… c’était de très bons moments !
Après les Jeux on a pris quelques jours pour décompresser, et on s’est préparés pour ces championnats, nos derniers remontent à longtemps ! C’était vraiment une belle compétition, on va pouvoir clôre définitivement cette saison. Pas encore de vacances pour nous, on rentre en Ontario, notre entraîneur Maddison Hubbel est enceinte, on veut profiter de ces moments avec elle, et s’entraîner autant qu’on peut. Après on va participer à des séminaires, donc certains au Québec. Les vacances, il y en aura peut-être, mais pas forcément des voyages, on aime bien rester à la maison avec notre chien, même si on déménage en mai ! Ce sera plutôt des longs week-ends.
La saison prochaine… On sera là ! C’est bien de revenir avec une partie danse imposée, ça permet de mieux comparer les couples, c’est peut-être plus lisible pour le public. Par contre il faut garder tout le fun, le côté entraînant qu’on a depuis 4 ans, c’est vraiment chouette à patiner, le public suit. Il ne faut surtout pas retomber dans les pattern complets qui s’enchaînent encore et toujours ! On a des idées, on va voir ce que ça donne. Et puis… on va prendre une année après l’autre, le corps tient bon, on verra où ça nous mènera !‘
Juulia Turkkila et Matthias Versluis ont malheureusement dû déclarer forfait pour le libre, Matthias souffrant trop du dos. Yuka Orihara et Juho Pirinen n’ayant pas réussi à se qualifier pour le libre, il n’y aura qu’une place pour les danseurs finlandais lors des prochaines championnats du monde en Finlande.
